Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog



 Agriculteur ou éleveur, des problèmes différents mais des angoisses similaires .   D. R.
     Pour maintenir un tant soit peu le revenu des agriculteurs et maintenir des prix accessibles aux consommateurs, l’expérience de la vente directe semble être une solution pour certains .



   Cela fait maintenant plusieurs années que la question du revenu des agriculteurs est prise à bras le corps par certain d’entre eux.
Il faut dire que le rapport de force avec les grandes surfaces, malgré les promesses de l’Etat, ne joue jamais en faveur des producteurs. Il fallait donc trouver des possibilités d’écouler les productions sans passer par ces intermédiaires qui dictent des prix qui ne permettent pas de revenu décent.
La vente directe, une utopie, auraient dit certains il y a quelques années, tant la dépendance aux circuits de distribution était grande. Il semblait même que les agriculteurs soient devenus fatalistes, acceptant de se cantonner aux productions standard voulues par les grandes surfaces. Mais les choses sont allées trop loin. Non content de dicter des prix à la production au plus bas, les centrales d’achat maintiennent des prix à la consommation importants, qui selon le MODEF, « limitent les ventes et font s’effondrer la demande ». Car s’il est ici question de pouvoir d’achat, c’est autant celui des producteurs que celui des consommateurs qui est mis à mal. Une des productions les plus touchées, les fruits et légumes, dont les prix à la consommation ont augmenté de 15 à 20 % « à l’heure où l’on dit qu’il faut consommer 5 fruits et légumes par jour, c’est un peu fort. »
Utilisée dans les actions de lutte, la vente directe a montré sur le terrain que l’intérêt des producteurs et celui des consommateurs se croisent quand l’un vend sans perte, et que l’autre bénéficie de prix raisonnables. Les organisations comme les chambres d’agriculture ne s’y sont pas trompées, qui encouragent aujourd’hui les marchés de producteurs ou les marchés à la ferme, des pratiques pas si nouvelles que ça, qui sont en quelque sorte un retour à des pratiques d’agriculture vivrière, que la promotion d’une agriculture industrielle avait quelque peu rangé au musée des campagnes.
En Vaucluse, la Chambre d’Agriculture encourage et soutient les initiatives qui vont dans ce sens. Comme les marchés de producteurs, qui fleurissent le soir dans les communes du département, et dont une première estimation a permis de se rendre compte que « on arrive aujourd’hui pour les producteurs qui viennent là à un peu plus de 60 % du chiffre d’affaires. Mais nous encadrons les choses, parce qu’il est déjà arrivé qu’un des exposants vienne avec des produits qu’il avait acheté ailleurs. »

 


Marchés du soir, espoir ?
Une pratique que Philippe Gérin est heureux de voir éviter. Cet agriculteur de 39 ans s’est installé il y a vingt ans sur l’exploitation de son grand père à Chateauneuf de Gadagne. « J’ai adopté ce principe de vente directe, parce qu’on est une région où les gens viennent nombreux, et qu’il est inutile de faire 500 km pour vendre nos produits. » Viticulteur en cave particulière, M. Gérin vendait autrefois 80 % de sa production de vin en gros à des négociants. « Nous étions alors tributaires de la mévente, et on nous prenait le vin à 80 centimes le litre. Aujourd’hui je vends les bouteilles à 4,50 euros l’unité. » Il a fallu pour cela investir dans une production de qualité. « J’avais 30 hectares de vigne et j’ai préféré réduire à 20 hectares pour améliorer une production qui est maintenant en Côtes du Rhône, et avoir du temps à consacrer à la vente directe. Aujourd’hui, les gens que l’on rencontre sur les marchés du soir, sont contents, ils apprécient nos produits, parlent avec nous de notre travail. » Et le producteur est heureux de ne pas subir le marché. « les intermédiaires prenaient tous une marge sur nos produits, non seulement ils nous l’achetaient peu cher, mais le consommateur payait le prix fort ! » Pour lui, les marchés du soir « nous permettent de valoriser la qualité de nos produits. Nous ne pratiquons pas des prix exorbitants et tout le monde s’y retrouve. »
M. Gérin produisait aussi du raisin de table, qu’il vendait en gros. « On nous l’achetait à 50-70 centimes le kilo, et on le trouvait dans le supermarché voisin à 2,50 euros ! J’ai réduit les surfaces de raisin de table, j’en ai 4 ou 5 cageots à vendre en saison, et je l’écoule à 1,50 euros. Là aussi, tout le monde s’y retrouve, parce que je propose de bonnes variétés. » Pour autant, si la formule du marché du soir permet de disposer de son temps, elle n’a pas augmenté visiblement le revenu de notre agriculteur. « Il a fallu investir et réduire la production. Mais on a évité la mauvaise passe que subissent les collègues encore tributaires de intermédiaires. »
Un cap qu’il espère passer en continuant à proposer ses produits à des gens qui les apprécient.



Reportage  Christophe  Coffinier    (  La  Marseillaise  ) .          



Tag(s) : #Economie Sociale et Solidaire (E.S.S.)

Partager cet article

Repost 0