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     Publié le dimanche 31 mai 2009 à 08H33



   Le projet de réforme des règles viticoles européennes doit être adopté à Bruxelles à la fin du mois

   Les vignerons locaux contestent la décision de l'Europe d'avoir levé l'interdiction d'utiliser le "coupage" pour le vin de table rosé. "Un scandale", selon Jean-André Charial.

     Photo    Valérie  Farine



C'est l'un des grands débats de ce début d'année : oui ou non la Commission européenne va-t-elle autoriser les vignerons de l'UE à mélanger du blanc et du rouge pour produire du rosé ? Depuis le 27 janvier dernier qu'ils ont appris la nouvelle, les viticulteurs provençaux ne décolèrent pas.

 

Convaincus qu'on veut les contraindre de la sorte à partager le gâteau qui leur permet, depuis une dizaine d'années, de maintenir leur exploitation à flots, ils étaient un peu seuls, les premières semaines, à défendre les rosés de terroir qui ont fait la réputation de la région.

 

Depuis, des viticulteurs italiens, espagnols et suisses les ont rejoints, faisant front commun à Bruxelles en début de semaine contre ce projet qui étendrait à toute l'Europe des pratiques déjà largement répandues, surtout dans les pays nouvellement exportateurs comme l'Afrique du Sud, l'Australie, le Chili ou les États-Unis.


C'est d'ailleurs ce "nivellement par le bas" et le fait de "céder systématiquement au diktat du marché" qui révolte les vignerons provençaux. Mais tous les acteurs de la filière viticole française ne sont pas forcément d'accord avec eux, au nom de la compétitivité des vins européens au niveau mondial. Qui l'emportera ?




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Louis-Régis Affre
, directeur général de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, est pour le mélange



"Une réforme importante pour toute la viticulture"


- Le projet d'autoriser les rosés produits en mélangeant du blanc et du rouge a soulevé un tollé en Provence. N'était- ce pas prévisible ? L
ouis-Régis Affre :
Non, parce que la réforme de l'organisation commune de marché (OCM) en Europe, qui doit être mise en oeuvre le 1er août, a nécessité quatre ans de négociations. Il s'agit d'une réforme extrêmement importante pour toute la viticulture européenne, qui doit retrouver de la compétitivité sur ce marché extrêmement concurrentiel. Nous avons d'ailleurs été très surpris de cette polémique alors que nous n'avons jamais eu le moindre retour négatif sur l'autorisation de coupage de la part des producteurs de rosé pendant toute la phase de négociation de la nouvelle OCM.

- Comment l'expliquez vous, alors ?
Louis-Régis Affre : À quelques semaines de l'élection européenne, il est tentant d'exploiter politiquement cette affaire, en mettant en accusation la Commission européenne.

 

- Y a-t-il selon vous un risque plus global à refuser cette possibilité de coupage - ou d'assemblage - pour le rosé ?
Louis-Régis Affre : Oui: devoir renégocier l'ensemble de l'accord OCM lors d'un conseil des ministres à 27, y compris des points comme la chaptalisation (l'ajout de sucre en cours de vinification, ndlr), une pratique que les producteurs français continuent très majoritairement de rejeter et que d'autres pays réclament. 




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Jean-Jacques Bréban, Président du Comité interprofessionnel des vins de Provence, est contre le mélange


"Il faut imposer la spécificité de nos vins"


- Comment une telle directive a pu être adoptée sans que la profession ait été informé ou consultée ?
Jean-Jacques Bréban : En fait, cette clause concernant le coupage fait partie d'un ensemble concernant les pratique oenologiques. Elle est passée au travers. Et le représentant de la France à la Commission ne l'a pas vue ou n'a pas reçu d'ordre particulier concernant le coupage. Voilà pourquoi la directive a été votée à l'unanimité et voilà pourquoi nous avons reçu un coup de massue quelques jours après.

- Mais pourquoi l'Europe veut-elle modifier les pratiques oenologiques ?
Jean-Jacques Bréban : C'est pour faire en sorte que les Européens soient au même niveau que les autres producteurs dans le monde. Le rosé de coupage étant autorisé en Afrique du Sud, en Australie et ailleurs, l'Europe veut que nous puissions aussi pratiquer de la même façon chez nous afin d'être sur un pied d'égalité.
C'est le problème de la mondialisation et de la libéralisation à outrance. À force de libérer on en vient à ce style de décision. Et nous devenons schizophrènes car d'un côté on nous demande de produire des vins de qualité et de l'autre on autorise à faire n'importe quoi.

 


Retrouvez l'intégralité de ces interviews aujourd'hui dans La Provence




Propos  recueillis  par  Hervé  Vaudoit   et   Michel  Egéa          



Tag(s) : #Débat d' idées

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